Dans une clinique pour pauvres de #Brooklyn, tout le monde vote #Obama, par @verodupont #AFP

October 7, 2012 at 5:14am

   NEW YORK

   par Véronique Dupont

 

   Dans la clinique Medspan, installée dans un quartier dominicain et pauvre de Brooklyn, le personnel médical comme les patients, quasiment tous hispaniques, prévoient de voter pour Barack Obama le 6 novembre.

 

   "Les démocrates aident plus les personnes à faible revenu" que les républicains, estime Julia Nieves, 60 ans, rencontrée dans la salle d'attente.

   Diabète, cholestérol, hypertension... Julia, née en République dominicaine mais devenue citoyenne américaine, est invalide en raison de ses nombreux problèmes de santé. Elle prend de l'insuline trois fois par jour en plus de nombreux autres médicaments sans lesquels elle "mourrait", assure-t-elle.

   Des traitements coûteux, pour lesquels elle dépend des programmes d'assurance maladie du gouvernement américain Medicare (personnes âgées) et Medicaid (faibles revenus), au coeur de la campagne présidentielle américaine.

 

   José Rodriguez, dominicain de naissance également, compte lui aussi voter pour le président sortant: "Les républicains n'aiment pas les hispaniques", explique-t-il en patientant avant une visite de routine.

   A 76 ans, cet ex-épicier reçoit 600 dollars de retraite par mois. Il se dit en bonne santé, mais il n'en a pas toujours été ainsi. Il raconte avoir "subi trois opérations pour une hernie" qu'il n'aurait pu payer sans Medicare et Medicaid.

 

   Si Barack Obama est réélu, la réforme du système de santé promulguée en 2010, surnommée "Obamacare", va rendre l'assurance santé obligatoire pour la quasi totalité des citoyens et empêcher les assureurs de refuser de couvrir les personnes présentant des problèmes médicaux connus.

   La réforme prévoit aussi de relever le plafond de revenus au dessous duquel les patients pourront bénéficier de Medicare, donnant l'accès à ce programme à des millions de personnes supplémentaires.

 

   Si le candidat républicain Mitt Romney est élu, il a promis d'abroger l'"Obamacare" et de réformer Medicare en donnant à ses bénéficiaires des "chèques santé" correspondant à un budget annuel de soins, qui sera géré par des assureurs privés ou par Medicare.

 

   Comme la plupart de ses patients, le docteur Sixto Caro, fondateur de la clinique Medspan, est d'origine dominicaine et préfère Barack Obama. "Il vaut mieux améliorer l'Obamacare pour résoudre ses défauts et les aspects de la loi qui ne plaisent pas aux Américains", juge ce membre du Conseil médical de la ville de New York, rattaché à l'hôpital NYU Langone.

   Il craint les zones d'ombre du système esquissé par les républicains: "Ils veulent mettre en place un système de chèques-santé mais si on le dépasse à cause d'une catastrophe comme un cancer, qui va payer?", s'interroge-t-il.

   Il n'aime pas non plus l'idée de donner la primeur aux assureurs privés par rapport à un système public.

 

   "Les assureurs privés comme United Healthcare sont cotés en Bourse, ils doivent dégager des bénéfices pour les actionnaires. Pour ça, ils peuvent baisser les remboursements aux médecins ou augmenter le montant des assurances payées par les patients", argumente-t-il.

 

   Si Romney est élu, il s'attend aussi à une baisse du financement de Medicare et Medicaid, ce qui veut dire moins de subventions pour soigner des patients pauvres.

   Sa clinique dans tous les cas survivra, mais "si le budget par patient pauvre soigné baisse alors que nos dépenses de salaires, d'électricité, notre assurance juridique ne baissent pas, on ne pourra plus prendre autant de personnes à bas revenus", explique-t-il.

   "Ils devront aller soit aux urgences, soit vers des dispensaires qui privilégient le volume plus que la relation patient-médecin", ajoute-t-il, notant qu'une clinique comme la sienne "facture 50 dollars pour une visite simple contre 750 dollars aux urgences". "Dans tous les cas, ça coûtera plus cher à la collectivité".

 

 

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