Les militants pacifistes syriens n'ont pas renoncé à leurs idéaux

October 30, 2012 at 7:16am

Par Serene Assir

BEYROUTH

Les militants pacifistes qui ont lancé la révolte contre le régime du président Bachar al-Assad en mars 2011 n'ont pas renoncé à leurs idéaux, mais dans le tumulte du conflit qui déchire la Syrie ils peinent à faire entendre leur voix.

 

 AFP Archives/Tauseef Mustafa.AFP Archives/Tauseef Mustafa.

 

   "Nous avons commencé cette révolution pour que le système soit débarrassé de la violence, pas seulement pour mettre Assad dehors", explique via internet Mohammed Qoraytem, un militant de 33 ans de Daraya, une ville située au sud-ouest de Damas.

 

   Selon lui, leur mouvement, qui s'est traduit par de multiples manifestations pacifiques à travers la Syrie, notamment le vendredi, était "un soulèvement basé sur des principes".

  

   Considérée comme le berceau du militantisme pacifiste, Daraya a été le théâtre du pire massacre commis en 19 mois de conflit en Syrie, avec plus de 500 personnes tuées fin août, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

 

   Mais deux mois plus tard, les militants de cette ville affirment continuer à travailler dans l'esprit non violent du Printemps arabe qui a conduit à la chute de régimes dictatoriaux en Tunisie et en Egypte et qui a inspiré les révolutionnaires syriens.

 

   Mohammed Qoraytem accuse le président Assad d'avoir contraint ses opposants à prendre les armes et souligne qu'il continue à croire dans la résistance pacifique, même s'il comprend pourquoi de nombreuses personnes ont finalement choisi la lutte armée.

 

   "J'ai perdu certains de mes proches dans le massacre, mais la vengeance ne les fera pas revenir", confie-t-il.

 

   Les militants soulignent que, malgré les violences, des milliers de Syriens continuent chaque vendredi de descendre dans les rues, aussi bien dans les villages que dans les grandes villes devenues des champs de bataille.

 

   "Nous n'organisons pas seulement des protestations. Nous travaillons aussi avec des enfants ayant souffert de la violence, nous apportons un soutien aux familles de détenus et publions des journaux révolutionnaires", explique le militant.

 

                               Démocratie

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   Certains pensent même que le militantisme pacifiste représente une menace plus grande pour le régime que l'insurrection armée, parce qu'il a le potentiel de changer la société dans son ensemble, et pas seulement le régime.

 

   "Avec un soulèvement pacifique, il y a plus de chance d'arriver à la démocratie", estime Shadi Abou Karam, un militant de 26 ans originaire de Damas, qui a quitté la Syrie sous la pression du régime.

 

   "Quand vous tirez, vous n'avez pas le temps de penser au type de démocratie que vous voulez. Seul tuer vous préoccupe", dit le jeune homme rencontré à Beyrouth, qui dénonce les violations des droits de l'Homme commises par des rebelles de l'Armée syrienne libre (ASL).

 

   Après 19 mois de violences qui ont fait plus de 35.000 morts, selon l'OSDH, beaucoup craignent pour l'avenir du pays.

 

   "Je sais que le régime va tomber, c'est seulement une question de temps. Mais je m'inquiète du destin de la Syrie", déclare un opposant de 31 ans, qui a lui aussi quitté le pays et se présente comme Moussa.

 

   "Maintenant tout le monde est armé" et "armes et pouvoir sont des addictions", dénonce-t-il.

 

   Certains militants reconnaissent que même s'ils privilégient l'action pacifique, ils n'ont pas d'autre choix que de travailler avec les groupes armés. Par exemple, ceux qui apportent l'aide humanitaire aux familles déplacées doivent coordonner leur action avec les rebelles, note un militant de la province de Hama (centre) se présentant comme Abou Ghazi.

 

     "La révolte s'est militarisée parce que l'armée était tellement violente contre les manifestants pacifistes que les soldats et officiers (...) ont commencé à faire défection", explique-t-il constatant que "l'ironie du sort est que c'est notre pacifisme qui a provoqué l'insurrection".