Syrie: l'aéroport militaire de #Hama est devenu la prison la plus redoutée

October 31, 2012 at 8:32am

Par Alison Tahmizian Meuse

BEYROUTH

L'aéroport militaire de Hama, dans le centre de la Syrie, a été transformé par les autorités en une des prisons les plus redoutées du pays: les détenus sont entassés dans des hangars et la torture sévit, selon des défenseurs des droits de l'Homme et d'anciens détenus.

 

 

   Hama, déjà tristement célèbre pour la répression sanglante du soulèvement des Frères musulmans en février 1982, a aussi été marquée par les violences du conflit qui a débuté en mars 2011 par une contestation pour réclamer la chute du régime de Bachar al-Assad.

 

   Des militants à Hama ont pris part au soulèvement anti-régime, mais après un siège de près de six semaines l'été dernier, les forces gouvernementales ont pris le contrôle total de la ville.

 

   Depuis, contester ouvertement a été quasi impossible, les forces de sécurité procédant à des arrestations systématiques, affirment des défenseurs des droits de l'Homme.

 

   Les personnes arrêtées sont souvent amenées à l'aéroport militaire de Hama. Ses pistes sont toujours utilisées pour permettre aux avions militaires de décoller mais il est aussi devenu une prison gérée par les redoutés services de Renseignements de l'Armée de l'Air.

 

   "L'aéroport est connu pour être l'endroit où sont commises les pires violations des droits de l'Homme", souligne un militant à Hama contacté par l'AFP via Skype.

 

   "L'aéroport est terrifiant. Les gens versent des pots-de-vin juste pour être transférés ailleurs", explique ce militant qui se présente sous le nom d'Abou Ghazi.

 

   Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), basé en Grande-Bretagne et qui s'appuie sur un réseau de militants et de sources médicales, l'aéroport est réputé "pour ses méthodes de torture les plus odieuses et le meurtre de détenus".

 

   Le régime a transformé plusieurs installations publiques, notamment des stades et des écoles, en centres de détention en raison de prisons surpeuplées. Au moins 700 détenus ont succombé sous la torture à travers le pays et de nombreux autres souffrent d'invalidité permanente, selon l'OSDH.

 

   Mais l'aéroport militaire de Hama a la plus mauvaise réputation de tous les centres de détention informels, souligne le président de cette ONG, Rami Abdel Rahmane.

 

   "Plusieurs milliers de prisonniers, jeunes et vieux, ont souffert des formes les plus brutales de torture et de meurtres. Comme il ne s'agit pas d'une prison officielle, il n'y a pas de dossiers sur les détenus", dit-il.

 

   "Parfois, plus de 500 détenus sont entassés dans un hangar, où la température peut atteindre plus de 50 degrés l'été", ajoute M. Abdel Rahmane, faisant état de "la mort de plusieurs détenus à la suite de problèmes cardiaque ou respiratoire".

 

   Arrêté début juillet, le militant Mourad al-Hamwi, 25 ans, a été détenu pendant 75 jours à l'aéroport.

 

   "Nous étions 57 détenus dans un cachot de 4 m sur 3", raconte-t-il à l'AFP. "L'odeur de sang, mêlée à celles de la moisissure et de la transpiration, était étouffante. L'environnement était idéal pour la prolifération des poux, des cafards et des insectes".

 

   Les détenus, dont des pré-adolescents et des hommes âgés, certains vêtus qu'à moitié, d'autres nus, portaient tous des traces d'hématomes sur le corps", poursuit-il.

 

   Selon lui, au moins 40 détenus sont morts sous la torture pendant les 75 jours qu'il a passés à l'aéroport.

 

   "L'un d'eux, Jihad Saleh, est mort de faim dans le couloir devant ma cellule. Il était couché sur le ventre, les mains attachées aux pieds derrière le dos", raconte-t-il.

 

   Un autre homme était détenu dans la cellule avec sa famille, dont quatre enfants.

 

   "Ils lui ont brisé une jambe quand il a admis être un rebelle. Il m'a dit en larmes qu'il était prêt à sacrifier un de ses enfants pour sauver le reste de sa famille", se souvient Mourad al-Hamwi.

 

   "Ce que subissent les détenus syriens est ignoré par le monde entier. Nous ne pouvons nous en remettre qu'à Dieu".