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FLEURS DE RHÉTORIQUE

QU’EST-CE QUE LE DISTINGUO ?

Par le Pr Nebil RADHOUANE

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On ne peut parler de style sans évoquer le distinguo. Même si ce dernier mot semble forgé, sa racine permet de deviner de quelle attitude rhétorique il relève : il s’agit d’une "distinction" recherchée, dont la subtilité procède d’un contraste éclatant entre deux termes ou deux notions. C’est donc un procédé général qui inclut plusieurs types de figures.

Quand il est mobilisé à propos et avec modération, le distinguo est vraiment distingué (en voilà un !) Mais quand il devient trop facile, excessif et rebattu, il se transforme en défaut de style. L’usage étant parfois docile aux volontés d’un discours à la mode, la "distinction" devient stéréotypée.

Ne dit-on pas que le premier homme qui comparât la femme à une rose était un génie et le deuxième, un imbécile ? Eh bien, on pourra le dire aussi de tous ces titres de thèses et de communications que les partisans du nouveau baroquisme arborent comme une rose à la boutonnière : "La philosophie de la révolte et la révolte de la philosophie", "l’histoire du roman et le roman de l’histoire", "la poésie de l’amour et l’amour de la poésie", "l’écriture du drame et… (devinez quoi)…"

En vérité, ces jolis croisements, ces parfaites dispositions symétriques, ces répétitions en parenthèses, cherchent l’éclat par l’utilisation d’une figure appelée "l’antimétabole", laquelle est à, son tour, un cas particulier de "chiasme" : a b b a. Le distinguo est donc là, mais il est trop consommé, trop facile.

Les distinguos les plus faibles sont ceux dont se sert la répétition tautologique, comme par exemple dans l’énoncé : "une femme est une femme", ou encore : "il y a ami et ami". Mais l’effet de la répétition devient plus intéressant lorsque le sens des deux termes est différent. C’est le cas de "l’antanaclase" dont l’exemple le plus connu est celui de Pascal :

"Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point".

Dans le poème de Rimbaud "Le dormeur du val", la reprise du mot "trou" ("C’est un trou de verdure"…puis, à la fin du poème : "deux trous rouges au côté droit") introduit ce qu’on pourrait appeler une antanaclase à distance et, par conséquent, un distinguo global, macrostructural.

La répétition peut varier sur le même mot, et nous avons alors des dérivations lexicales rapprochées dans des espaces tellement réduits qu’il en résulte des renvois phonico-sémantiques assez subtils. C’est ce qu’on appelle savamment l’isolexisme, comme dans les énoncés suivants:

"une littérature franco-française… une musique vraiment musicale, musicienne…ce n’est pas un écrivain, c’est un écrivaillon…qu’il y a loin de l’humilité à l’humiliation…"

Parfois la variation n’est pas dérivationnelle mais phonétique, les mots contrastés ne venant pas de la même racine :

"Ce n’est pas une question de prestance mais de présence."

Un jour, l’artiste Lotfi Larnaout me reprit le mot "sagesse" en rectifiant par ce distinguo paronymique :

"Je ne dis pas "sagesse", je dis: "ça geste" !

Déçu moi-même d’une lamentable interview accordée par Omar Sharif à Bernard Pivot, j’ai commenté dans l’un de mes articles que, grisé encore par son passé de tombeur et de jeune premier, le célèbre acteur confondait toujours entre "cogiter" et "coïter".

Mais le distinguo peut avoir comme support deux mots tout à fait différents et, dans ce cas, c’est l’accent d’intensité qui vient focaliser le "lieu" du contraste. J'écrivais, par exemple, dans l'un de mes articles sur la postérité de Saint-John Perse:

"Là, Adonis coupe et colle 'comme' Saint-John Perse mais, ailleurs, il coupe et colle 'du' Saint-John Perse."

La prononciation de la dernière phrase exige que la voix, se faisant d’abord ordinaire, appuie sur "du". L’accent exceptionnel qui affecte cette particule est appelé par les rythmiciens : "accent intellectuel". C’est lui qui permet de mesurer le contraste avec "comme" et c’est lui qui, par conséquent, introduit le distinguo.

Les stylisticiens oublient parfois de préciser que la figure appelée "attelage" ou "zeugme" est essentiellement syntaxique. Elle consiste à mettre en facteur (comme en mathématiques) un terme commun à plusieurs membres de la phrase. Au lieu de le répéter, on y "attelle" tous les membres à la fois, comme le verbe "être" dans l’exemple suivant :

"Son chant est juste, sa voix puissante, son timbre clair…"

C’est seulement quand le zeugme est de nature sémantique qu’il rejoint le distinguo. Que l’on se souvienne du fameux vers où Victor Hugo "greffe" le concret sur l’abstrait :

"Vêtu de probité candide et de lin blanc" (Booz endormi).

Dans un vieux livre de science-fiction de Maurice Renard, j'ai surpris cet autre distinguo par attelage sémantique:

"Je lui tenais la taille et de tendres discours." (Un homme chez les microbes, Editions Métal, 1956, p. 15).

Mais les attelages de ce genre ouvrent la porte à des distinguos plaisants, qui démontent des expressions toutes faites ou, comme dit Dupriez, les "réveillent".
Le meilleur exemple est celui de Valéry :

"A défaut de sonnette, il tire la langue".

L’effet d’un attelage est encore plus intense, plus éclatant, lorsqu’il résulte d’une chute inattendue, surprenante, au terme d’une accumulation.
Quand le dernier élément d’une longue énumération contraste avec tous les précédents, la figure du distinguo s’appelle : le "bathos".
Le même Hugo en aurait utilisé un pour déprécier Musset :

"Musset, esprit charmant, aimable, fin, gracieux, délicat, exquis, petit."

La chute est donc ironique. Mais elle peut de surcroît, comme dans le cas où le zeugme réveille les expressions toutes faites, révéler les pièges que pose la sémantique à la grammaire. Comme dans cet exemple où il y a "recevoir" et "recevoir" :

"Il a reçu des amis, des invités, plein de cadeaux, des brassées de fleurs et une gifle."

Enfin, il y aurait aussi un distinguo de l’argumentation, lequel consiste à feindre dans un premier temps l’adhésion à une idée pour mieux la réfuter ensuite. C’est le cas de la concession rhétorique appelée parfois "antéoccupation", amorcée généralement par "certes" et reprise plus loin par "mais". La première partie qui simule l’approbation s’appelle le "concedo" (ou la "prolepse") et celle de la réfutation, le "nego" (ou l'"hypobole").

Plus fréquent et plus productif qu’il n’y paraît, le distinguo est cependant à employer avec prudence. Entre l’excès et la facilité, il préfère la justesse.

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Cher-e-s Ami-e-s & Collègues , Joyeuses Fêtes de Pâques!

La tradition des œufs décorés est rattachée à la célébration de Pâques, que l’on retrouve dans de nombr...eux pays d’Europe Centrake et Orientale. La décoration des œufs est devenue un art populaire, au-delà du cadre de la fête religieuse.

L’œuf est vu comme une page à remplir sur laquelle on trace des motifs qui, assemblés, racontent une histoire. Il s’agit d’un art ancestral puisque le plus ancien œuf peint – dans les mêmes techniques que celles utilisées aujourd’hui – que l’on ait retrouvé date du Xe siècle. Ce qui atteste que l’usage en était déjà répandu et il est fort probable qu’il était pratiqué avant.

L’œuf, symbole païen de renaissance de la nature, est lié à la fertilité, la reprise des travaux agricoles, les naissances parmi les élevages, le départ des troupeaux dans les alpages. En tant que symbole de renaissance, il a été intégré au Christianisme comme symbole de la Résurrection du Christ, puis associé à la célébration de Pâques.

Les œufs sont sanctifiés le samedi de Pâques et, le dimanche, lors du repas familial, ils sont partagés et échangés entre les membres de la famille, comme symbole d’amitié ; les œufs étant aussi symbole de bonne santé, de force et de succès dans les relations amoureuses.

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