Jump to
Press alt + / to open this menu
Join or Log Into Facebook  
Do you want to join Facebook?
Sign Up

Du bon usage du sectarisme… Lettre ouverte aux militant-e-s de la LCR

Camarades,

 

Sans attendre son congrès pour fixer une orientation définitive, la direction de la LCR a donc décidé de placer des candidats sur les listes du PTB. On peut penser ce qu’on veut des arguments utilisés pour justifier ce tournant ou du moment choisi pour le faire (1), c’est en définitive son droit le plus strict de se fourvoyer.

 

Mais qu’elle semble vouloir jouer désormais le rôle actif de « rabatteur » ou de « porte-flingue » du PTB en critiquant et en s’attaquant à tout ce qui s’oppose ou se situe en dehors de ce parti, là, c’en est trop ! Alors que sur le site du PTB on s’abstient prudemment de toute critique ou mention de l’initiative de Decroly and Co, le site de la LCR a déjà publié deux textes l’attaquant frontalement, et à travers lui, VEGA.

 

Or, Decroly a toujours été un ami proche et très cher du POS et de la LCR. Au début des années 2000, il a activement participé aux voyages d’études de son ONG « Socialisme Sans Frontière » (SSF) à Porto Alegre. En 2001, il a rendu, à la suite de son décès, un hommage émouvant au regretté camarade qui constituait la cheville ouvrière de SSF et, jusqu’à son départ de la politique en 2003-2004, sa porte a toujours été ouverte. Et même par la suite encore, puisqu’en 2010 il a ouvertement soutenu la liste unitaire du Front des Gauches, notamment en participant à son meeting international à Bruxelles. 

 

Les attaques et les critiques dont il fait désormais l’objet de la part de la direction de la LCR sont d’autant plus choquantes et injustes que l’évolution politique de Decroly est extrêmement positive. Il s’affirme aujourd’hui résolument anticapitaliste et déclare sans ambiguïté qu’il faut mettre un terme au système capitaliste en faveur d’une alternative et d’une société écosocialistes. Cela n’en fait pas un marxiste révolutionnaire pur jus, mais quel pas en avant considérable et positif dans son évolution politique !

 

Au lieu de saluer cette évolution et de chercher à circonscrire les critiques dans une démarche constructive de convergence, la direction de la LCR choisit la voie exactement inverse (et, à nouveau, avant même que son congrès puisse prendre position) : une voie d’opposition frontale et sectaire.

 

Or, quoiqu’on pense de certains initiateurs de VEGA ou de leurs liens ou références internationales, ou encore de leurs conceptions théoriques de l’écosocialisme, leur initiative peut rassembler des militants et des milieux nouveaux extrêmement intéressants ainsi que des gens qui ont toujours été proches ou en sympathie avec la section belge de la IVe Internationale. En outre, et surtout, ce mouvement à l’échelle francophone étant encore largement embryonnaire et en cours de définition (le programme, statuts et direction devant être encore fixés) il y a là une réelle opportunité pour les marxistes révolutionnaires d’y défendre leur conception de l’écosocialisme (et certainement d’une manière bien plus démocratique que dans un PTB verrouillé et cloisonné). En outre, au lieu d’opposer artificiellement l’initiative de la FGTB-Charleroi à celle de Decroly et de VEGA, la LCR pourrait au contraire saisir cette opportunité pour plaider afin qu’ils s’inspirent du programme d’urgence anticapitaliste élaboré les syndicalistes carolos et s’inscrivent pleinement dans leur démarche.  

 

Au lieu de cela, les dirigeants de la LCR lancent des anathèmes dogmatiques qui ferment toute possibilité de collaborations ou de convergences ultérieures. Au nom d’une « unité » abstraite, limitée et fort peu unitaire, ils accusent cette initiative et ses partisans d’être « sectaires » et d’avoir des « exclusives » vis-à-vis du PTB alors qu’ils ne disent rien du sectarisme et des exclusives du PTB, qui se refuse toujours à toute forme de collaboration sérieuse et réellement unitaire avec d’autres forces de gauche sur le terrain électoral. La présence de candidats LCR (ou PC) sur les listes PTB n’est en rien un signe d’« ouverture » bouleversant du PTB. La direction de la LCR a beau claironner partout qu’elle « fera campagne avec le PTB », celui-ci par contre n’en pipe pas un mot dans son site et il ne dira certainement pas qu’il « fera campagne avec la LCR », toute la différence est là.

 

L’un des principaux arguments des partisans du « tous derrière le PTB » est que celui-ci serait le mieux placé pour obtenir un élu. Ce que fera, défendra ou dira cet élu semble moins importer que sa seule présence dans une enceinte parlementaire. Or, à côté de tout le travail utile et remarquable qu’il pourrait certainement faire, que se passera-t-il avec un élu du PTB au cas où la situation en Syrie reviendrait à nouveau à l’avant-plan ? Que se passera-t-il avec un élu PTB si, demain, une mobilisation syndicale d’ampleur est à nouveau lancée puis mise au frigo par la bureaucratie syndicale ? Cet élu appellera-t-il les travailleurs à poursuivre malgré tout la lutte et donc à déborder les appareils ?

 

Si la question « vitale » des élections de 2014 est d’obtenir un élu de gauche, on peut aussi se demander pourquoi ce dernier devrait être forcément du PTB. Au cas où Decroly se présente, vu sa popularité passée, ne se pourrait-il pas qu’il ait autant de chances d’être élu qu’un Raoul Hedebouw ?

 

La présence d’un élu de gauche semble en outre être considérée comme une véritable « brèche dans le néolibéralisme », voire comme le commencement de la fin du monopole du PS dans la « représentation » politique du « monde du travail ». On verse ici un tantinet dans l’exagération : le PS n’est pas le PASOK. Et si un élu de gauche au Parlement sera sans nul doute une très bonne nouvelle s’il joue un rôle utile de porte-voix des résistances ou pour contribuer à encourager celles-ci, il faut cependant garder les pieds sur terre. Du point de vue des politiques néolibérales, cela aura à peine l’effet d’une fissure imperceptible et non d’une « brèche ». Un (ou deux) députés de gauche à eux seuls ne peuvent pas faire, ni changer grand ‘choses au sein d’un Parlement. Encore moins aujourd’hui où, sans parler du danger des pressions en faveur des compromissions et de l’adaptation exercés par le pouvoir, ces parlements sont de plus en plus dépossédés de tout pouvoir effectif.

 

En Grèce, Syriza a obtenu pas moins de 71 élus au Parlement aux dernières élections, dont certains sont issus des courants révolutionnaires et anticapitalistes en son sein. En dépit de leur travail de dénonciation des politiques d’austérité, aucune de ces dernières n’a été stoppée ni même véritablement ébranlée. C’est l’exécutif, sous les diktats de la Troïka et, derrière elle, les capitalistes grecs et européens, qui imposent ces politiques au rouleau compresseur.

 

Quant au bouleversement que des élus peuvent produire sur la lutte des classes, il est là aussi très limité et il est totalement illusoire (et c’est semer des illusions parlementaristes) que d’espérer modifier le rapport de force entre les classes « à froid », par la seule voie électorale. Toute l’histoire le prouve ; de l’arrivée au pouvoir des « gouvernements progressistes » d’Amérique latine à la percée électorale de Syriza aux dernières élections en Grèce, tous ces changements de rapport de force politique ont été précédés, déterminés et conditionnés par des mobilisations sociales de grande ampleur et de longue durée qui ont ainsi « préparé » le terrain aux bouleversements politiques. Or, rien de tout cela pour le moment en Belgique et on peut douter que d’ici mai 2014 on assiste à une telle lame de fond de luttes et de résistances sociales. Or c’est bien celles-ci qu’il faut chercher à construire et développer si on veut réellement ouvrir une « brèche dans le néolibéralisme », y compris au niveau politique.

 

Plus grave encore, la direction de la LCR se sert de l’initiative de la FGTB-Charleroi comme prétexte et justificatif à sa propre ligne vis-à-vis du PTB et à son choix de placer des candidats sur ses listes. Il s’agit là à mon sens d’un abus, pour ne pas dire d’une récupération. Jusqu’à preuve du contraire, l’initiative de la FGTB-Charerloi vise, comme l’a clarifié Daniel Piron, à ceci : « nous proposons que la FGTB favorise activement l’apparition d’une nouvelle force anticapitaliste sur le champ politique et électoral. » Nulle part la FGTB-Charleroi n’a officiellement déclaré qu’elle voulait que toutes les forces de gauche s’alignent ou se fondent sur des listes « PTB+ » aux prochaines élections. La direction de la LCR peut tenter de faire croire qu’une telle démarche favorisera par la suite de « vastes recompositions », c’est son avis à elle et il ne semble pas du tout partagé par d’autres composantes qui participent à l’initiative de Charleroi.

 

Si la direction de la LCR avait attendu son congrès pour prendre une orientation définitive quant aux élections, il aurait été encore possible pour elle, tout en gardant son indépendance, de jouer un rôle actif de convergence entre les différentes forces en lice. Au lieu de cela, elle a « choisi son camp » de manière prématurée en n’ayant pas tous les éléments en main et elle s’enfonce aujourd’hui dans une voie désastreuse. Il n’est peut être malgré tout pas encore trop tard pour la LCR de redresser les choses et son image, mais il est moins une.

Ataulfo Riera


(1)    Voir : http://www.avanti4.be/debats-theorie-histoire/article/2014-la-gauche-en-debat-i-remarques-critiques