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Yvan Bourgnon
about 7 years ago

Récit d’Yvan Bourgnon à Taloyoak, tout au nord du Canada, avant d'attaquer la partie la plus septentrionale de son périple, une bande de 400 km de long. Yvan et « Ma Louloutte » sont actuellement en attente que ce couloir se libère des glaces :

« Pour la première fois depuis que je navigue, je suis mis à l’épreuve du stress. Ma zénitude habituelle est bousculée. Je découvre ce que veut dire l’appréhension, la conscience du danger proche. Je me suis même surpris, de m’être ret...rouvé des heures durant, le ventre noué avec l’impossibilité de trouver des moments pour me détendre. Quand j’arrive à Taloyoak, je vomis mon stress jusqu’au plus profond de mes tripes. Que m’arrive-t-il ? Moi qui ai toujours déroulé comme si tout était dans la normalité, mon quotidien. Aurais-je trouvé mon Everest ici dans le Grand Nord ?

Le Tour du Monde qui semblait le défi ultime était loin de me montrer toutes les difficultés possibles. Le plus dur, ce n’est pas d’avoir les doigts gelés, ce qui met la barre au plus haut, c’est le sentiment quasiment permanent de ne pas avoir de marge de sécurité : un démâtage et je n’ai pas le temps de confectionner un gréement de fortune avant d’aller me crasher sur une falaise ; un dessalage et je n’aurai pas assez de sensibilité aux doigts pour redresser mon cata ; une ancre qui dérape au mouillage et c’est également le drame assuré sans moteur. Je sais en tout cas que je suis au sommet de ce que je pourrai réaliser avec ce genre d’engin en solitaire.

Après les 10 jours de pluie glaçante de l’Alaska, les températures négatives de Hat Island, les milliers de cailloux et hauts-fonds qui me barrent la route, je suis arrivé ici au bout de mes forces naviguant depuis 1 semaine sans pilote automatique mais avec des souvenirs exceptionnels. La nature m’a offert un spectacle d’une pureté hallucinante. Les bélougas, les narvals et les baleines m’ont montré le chemin et m’ont surtout montré qu’ici, seuls les grands mammifères survivent.

Les difficultés continuent, je m’apprête à rentrer dans un run très compliqué à travers les glaces. A ce jour, c’est un vrai bouchon de glaces. La question est : est ce que ça va s’ouvrir cette année ? Espérons-le ! Il va falloir naviguer pendant 3 jours dans un couloir très étroit. Parfois il y aura seulement quelques mètres entre la côte et les glaces avec l’impossibilité de mouiller pour dormir. Les glaces peuvent investir le peu de zones de replis et je n’aurai pas le droit de toucher la banquise, sans compter les caprices de la météo influencée par le relief local.

La bonne nouvelle du jour, c’est que mon pilote est enfin réparé et j’ai pu remettre « Ma Louloutte » à son plein potentiel pour attaquer la face nord jusqu’au 75° Nord !!

Je suis reposé et prêt pour le prochain round. »

Yvan Bourgnon

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